lundi 20 novembre 2017

Bande-son pour un dictionnaire

Quoi de plus naturel pour illustrer musicalement une exposition sur les dictionnaires que de convier Jacques Siron et sa contrebasse ? Musicien rôdé au brassage des approches artistiques, il est aussi l'auteur d'un excellent Dictionnaire des mots de la musique. Ouvrage multilingue et concis, ce dictionnaire est une référence dans le domaine, on y pioche rapidement une définition très claire d'un terme musical ainsi que sa traduction dans trois langues. Il s'étend à un domaine large atour de la musique : informatique, son et traditions du monde entier.
   
"Harmonie-Hasard" de Fabienne Verdier (90 × 240 cm)

Jacques Siron, donc, déploiera sa Bande-son pour un dictionnaire au Musée Voltaire le 30 novembre à 19h15 dans une exploration jubilatoire musico-verbale de l'exposition Fabienne Verdier, L'expérience du langage (La République des dictionnaires de Voltaire à Alain Rey.)





harmonie NF [...] Science ou art des proportions // Ensemble de sons agréables à l'oreille // (mus. occidentales) Ensemble des principes régissant les accords, leurs formations, leurs enchaînements, les relations qu'ils entretiennent les uns avec les autres, leurs fonctions, leur agencement dans le temps dans le cadre de la phrase harmonique [...] (Jacques Siron




Harmonie-Hasard Musiques verticales, colonnes, troncs d’arbres, les piliers noirs, serrés, forment une forêt : celle, à la fois angoissante et sereine, qui conduit du jeu à la rencontre, à la coïncidence ou au risque ; finalement, au destin. Harmonie, c’est d’abord « assemblage », équilibre des parties: pas de vie, de société sans elle ; et non plus de musique, de poésie, d’art. L’harmonie défie et borne le hasard; le hasard travaille toute harmonie. (Alain Rey)

Disponibilité :Dictionnaire des mots de la musique
Le Petit Robert
Tullia

jeudi 9 novembre 2017

Hommage à Klaus Huber

cop. Priska Ketterer  (Festival Lucerne)

En 2014, pour les 90 ans de Klaus Huber, Heinz Holliger jouait Noctes intelligibilis lucis pour Klaus Huber dans le cadre du Festival de Lucerne. La pièce en question composée en 1961 pour hautbois et clavecin est dédicacée au hautboïste bernois. Klaus Huber qui revendiquait une musique de credo s'est éteint le mois dernier. Le journal Le Monde retrace quelques fragments de cette vie intense:
Le compositeur et pédagogue suisse Klaus Huber est mort le 2 octobre, à l’âge de 92 ans, à Pérouse (Italie), non loin de Panicale, où il avait élu domicile. Représentant majeur de l’avant-garde, il laisse une œuvre abondante et édifiante, destinée à lutter contre « la chosification de l’être humain ». Apôtre, selon ses propres termes, d’une « musique de credo », Klaus Huber s’est fait connaître, en 1959, par une partition au titre prophétique : Paroles de l’ange adressées à l’homme. Par la douceur infinie de son regard, il donnait effectivement l’impression d’avoir reçu la visite d’un messager céleste. L’Ange au sourire, à n’en pas douter, tant son visage rayonnait de malice [...].
Sans être un activiste passionné comme Luigi Nono (1924-1990), Klaus Huber ne se contente pas d’ouvrir les yeux – et les oreilles – de ses prochains par un électrochoc humaniste et chrétien, il tente de les mobiliser, en 1980, par un oratorio politique, Humiliés – Asservis – Abandonnés – Méprisés, à base de textes provenant de bidonvilles, de prisons et d’écrits d’Ernesto Cardenal (instigateur de la « théologie de la libération » que le compositeur a rencontré au Nicaragua). Le futur détenteur d’un prix (2007) au Festival européen de musique ecclésiastique de la ville de Schwäbische Gmünd ne s’assagit pas avec la création, en 1985, des Canciones de circulo gyrante qui célèbrent la reconstruction des douze églises romanes de Cologne détruites pendant la seconde guerre mondiale en tentant d’« éveiller les consciences à la croissance exponentielle des potentialités destructrices qui, depuis les années quarante, se sont multipliées par cent, voire par mille. » Le Monde, 4.10.2017
Homme de lutte, ses oeuvres sont considérées comme un credo : 
L'une de mes intentions fondamentales est de transformer l'oeuvre d'art contemporaine en un témoignage, d'édifier avec elle un monument contre l'oubli qui règne actuellement et qui permet à l'homme contemporain d'écarter aussi commodément que possible le souvenir d'événements scandaleux, pour se vouer aussitôt à quelque mensonge historique, alors qu'ils devraient en fait le tirer de sa léthargie.                                                                       Au nom des opprimés, 1988
A Genève, il fut à l'honneur en 1991 avant même la création du Festival Archipel. Les Editions Contrechamps lui dédièrent un numéro et le Festival Extasis lui est consacré. Le Journal de Genève titra suite aux journées inaugurales du festival : Le miracle Klaus Huber dont les deux cantates de chambres furent jouées : Auf die ruhige Nacht-Zeit et Des Engels Anredung an die Seele. Le Festival Archipel en 2000 consacra également une journée à ce compositeur, «homme immense, étrangement sous-estimé» (Le Courrier, 05.02.2010).

Plainte, Hommage à Luigi Nono


Des documents en lien avec Klaus Huber sont actuellement en vitrines dans le cadre de l'exposition Les graphistes au défi de la musique contemporaine à l'occasion de l'anniversaire des 40 ans de Contrechamps.

L'exposition a lieu jusqu'au 22 décembre 2017.

Muriel

lundi 23 octobre 2017

Mam'zelle Nitouche

cop. Mathieu Crescence / Pierre-André Weitz

A la rubrique De retour à la scène, l'opérette Mam'zelle Nitouche de Hervé est à l'honneur dans le dernier numéro d'Opérette, Théâtre musical. On peut y lire :
On doit cette résurrection à Bru Zane France qui en coproduction avec l'Opéra de Toulon et le théâtre Graslin à Nantes présentera une nouvelle production de l'ouvrage [...]. Avec Mam'zelle Nitouche créée le 26 janvier 1883 au théâtre des Variétés (l'ouvrage aura plus de 200 représentations), Hervé ne fait qu'amplifier les succès de Niniche et de La  Roussotte, des pièces musicales taillées sur le même modèle et qui remplissent les salles depuis 1878.
On en apprend davantage sur le site de la Fondation Bru Zane (pour les activités de cette fondation voir le billet ici). Le site permet l'accès à une mediabase consacrée à la musique romantique française. Mam'zelle Nitouche est documentée par un article de presse de 1883.





A Genève, l'opérette fut jouée en son temps dans le nouveau théâtre de la Place de Neuve. Dès 1884, en effet, Mam'zelle Nitouche fut un succès : pas moins de 107 représentations jusqu'en 1912 dont certaines avec Madame Judic qui avait créé le rôle à Paris quelques années avant. Les représentations moins nombreuses reprirent ensuite entre 1931 et 1957 avec des productions réalisées par la Société romande de spectacles.

Quant au compositeur aujourd'hui peu programmé, le journal Libération écrivait à l'occasion lors de la production des Chevaliers de la table ronde en 2015 : Son oeuvre est un mélange foldingue de poésie décalée, d'humour à double sens et de mélodies populaires. Les représentations de Mam'zelle Nitouche, fidèle à la création de 1883, ont eu lieu la semaine dernière à Toulon, celles de Nantes sont prévues en décembre prochain !


Disponibilité (Opérette, théâtre musical)
Disponibilité (partition chant piano)

Muriel

lundi 2 octobre 2017

Contrechamps a 40 ans


Cette affiche a 10 ans et elle proposait en 2007 d'entrez dans l'histoire de Contrechamps... L'invitation demeure !

Contrechamps a 40 ans cette année et la bibliothèque saisit l'occasion de présenter un panorama d'affiches de cet ensemble. 


Le point d’ancrage est l'arrivée, en 2011, de 170 affiches de Contrechamps à la bibliothèque, suite au versement fait par Contrechamps aux Archives de la Ville de Genève. Ces affiches ont été cataloguées et numérisées pour figurer au Catalogue suisse d’affiches. Elles ont patiemment  attendu cette année pour être mises en valeur.

Des programmes de concert, des partitions, la Revue Contrechamps et les Editions qui ont suivi sont également présentés en marge des affiches. Ces quelques vitrines condensent quatre décennies de créations, de festivals, d’invités ayant marqué le tournant du siècle.

Le poste d’écoute dédié à la Phonothèque nationale permet d’accéder aux principaux enregistrements de Contrechamps.

Le vernissage aura lieu à la bibliothèque le mardi 10 octobre à 18 h.

Muriel

lundi 25 septembre 2017

Drôles de genres musicaux

Dans le métier de bibliothécaire, et plus particulièrement dans ce qu'on appelle le chemin du livre, existe l'étape de l'indexation. Pour qu'un livre puisse être retrouvé dans le catalogue grâce à une recherche selon le sujet qu'il contient, on lui attribue une vedette-matière (Bonjour Madame, je cherche un livre sur l'atmosphère planétaire). Dans le catalogue RERO, via son nouvel environnement Explore, c'est une recherche dans le champ Sujet RERO qui permet de trouver son bonheur.

En musique, difficile de parler de sujet. On utilise plutôt le genre musical et/ou l'instrumentation pour faire des recherches telles que : Bonjour Madame, auriez-vous des sonates pour violon et basse continue ? Dans Explore, il faut passer par le champ "classification" de la recherche avancée en commençant par le terme "musg" pour les genres musicaux, ou "musi" pour l'instrumentation (vous pouvez aussi faire une recherche en tapant les mots-clés du genre et de l'instrumentation mais vous risquez d'avoir beaucoup de "bruit" dans le résultat de votre recherche).




Autant pour les vedettes-matière sujet que pour les genres musicaux, on ne peut pas employer n'importe quel mot ni n'importe comment. Il existe des listes (thésaurus) avec des termes contrôlés et normalisés. En musique, c'est une liste interne à RERO qui est utilisée, avec ses propres règles. Pas facile donc de rechercher de la musique (d'où l'utilité du savoir-faire des bibliothécaires !).

Tout ça pour en arriver à vous parler de ces fameux genres musicaux. En parcourant leur liste, à côté des boléro, chanson de variétés d'expression française, concerto, fado, hard rock, magnificat, zarzuela..., on découvre des trésors, des termes dont on n'aurait même pas soupçonné leur existence : bicinium, frottola, gwoka, kant, sardane, tricinium, tropaire-prosaire, villancico...

Qu'est-ce donc un bicinium ? Dans son Dictionnaire des mots de la musique, Jacques Siron définit ce genre ainsi : "Au XVIe siècle, pièce vocale ou instrumentale comprenant deux parties."

Et une frottola ? "Aux XVe-XVIe s., forme poétique et musicale polyphonique (souvent à 4 voix) provenant de la musique populaire et formes improvisées. En vogue dans les cours, la frottola a joué un rôle capital dans la Renaissance musicale italienne, précédant le madrigal et la monodie accompagnée. Proche de ballade, villancico (Espagne)."


Quant au gwoka : "(Guadeloupe) Style traditionnel rural de musique, de chant responsorial et de danse des populations noires, apparus au XVIIe s. avec les premiers esclaves. L'instrumentation inclut des percussions (...). Il connaît un regain de popularité depuis les années 1960."




Un de mes préférés est épithalame : que peut bien se cacher derrière ce terme aux origines grecques ? Jacques Siron nous renseigne : "Chant en l'honneur des nouveaux mariés, qui s'exécutait devant la chambre nuptiale par un choeur de jeunes gens et de jeunes filles." C'est donc simplement de la musique pour les mariages. Et contrairement aux autres termes ci-dessus, notre bibliothèque possède beaucoup de partitions en la matière. Faites une petite recherche "musg épithalame" et vous découvrirez notre rayon bien fourni !

Si vous voulez en savoir plus sur les genres musicaux, le Guide des genres de la musique occidentale vous documentera sur la brunette, la doxologie, l'enueg, la forlane, le khorovode, le pantoum, le tourdion, j'en passe et des meilleurs !

Disponibilité Bicinium
Disponibilité Frottola
Disponibilité Gwoka
Disponibilité Epithalame


Fabienne 

lundi 18 septembre 2017

Britten au Théâtre du Grütli

Au Théâtre du Grütli, "la saison s’ouvre en musique ! Véritable joyau du répertoire, Le Viol de Lucrèce est le premier des opéras de chambre du Britannique Benjamin Britten. Dans l’atmosphère corrompue de la dynastie des Tarquins, la fidélité des Romaines n’est pas toujours irréprochable. Seule Lucrèce reste vertueuse, ce dont se vante volontiers Collatinus, son mari. Agacé par cette belle assurance, Tarquin, le fils du roi, décide de tester la fidèle épouse. Prétextant la quête d’un refuge, il pénètre dans la chambre de Lucrèce et la viole. Le sexe comme arme de guerre, tel est l’un des thèmes de cette œuvre puissante et âpre, portée ici par l’Ensemble Proteus sous la direction de Guillaume Berney".

affiche de Cédric Marendaz

Créé il y a septante ans pour le Festival de Glyndebourne, l'opéra présenté au Théâtre du Grütli est mis en scène par le directeur du Grütli Frédéric Polier et servi par treize musiciens, dix-sept instruments et huit chanteurs avec dans le rôle de Lucrèce, Annina Haug, mezzo-soprano neuchâteloise.

Aldeburgh/English National Opera avec Sarah Connolly
(fin acte I)

Avec cette oeuvre, Britten réalise le voeu d'épurer sa musique :
"La musique pour moi, c’est la précision. Ma technique, c’est de supprimer tout ce qui est en trop, de parvenir à une parfaite clarté dans l’expression... Je veux créer une nouvelle forme d’art (opéra de chambre ou ce qu’on veut) qui sera parallèle au grand opéra, tout comme le quatuor l’est à côté de l’orchestre".
Cette efficacité pourra se vérifier dès le vendredi 22 septembre dans la grande salle du Grütli.

Le spectacle est dédié à Jean-Michel Broillet, un des pilliers du Théâtre du Grütli, disparu au printemps dernier.
 
Disponibilité
Disponibilité (enregistrements sur la base Naxos depuis les postes du réseau)


Muriel

lundi 11 septembre 2017

Le dernier jour d'un condamné

Roberto Alagna dans le rôle titre

L'opéra composé par David Alagna en collaboration avec ses deux frères, Roberto et Frederico, a pour sous-titre : drame intérieur. Basé sur le roman éponyme de Victor Hugo écrit en 1829, ce récit, décrit par les éditeurs comme, "un long monologue intérieur dans lequel un condamné à mort relate sa vie, ses pensées, ses angoisses, ses souffrances durant les six semaines qui séparent le début de son procès du jour de son exécution. Il s’agit là pour Victor Hugo d’un véritable plaidoyer en faveur de l’abolition de la peine de mort".

Sur scène, un seul chanteur, le frère du compositeur, Roberto Alagna, "unique personnage de la version originale, placé dans la prison du Kremlin-Bicêtre à Paris autour de 1828, le compositeur ajoute un double féminin situé dans un pays indéfini dans les années 2000. Les deux récits, sous forme de deux monologues simultanés, mais indépendants, se déroulent parallèlement, sans que les personnages interagissent ou se voient."



Créé sous forme de concert au Théâtre des Champs Elysées en 2008 sous la direction de Michel Plasson, cet opéra est ensuite réalisé en version scénique à l'Opéra de Debrecen, en Hongrie l'année suivante. Enfin, il faut attendre 2014 pour qu'il soit programmé en France, à l'Opéra d'Avignon. Dans les prochaines semaines, c'est à Marseille que Le journal d'un condamné sera programmé.

La bibliothèque propose que vous découvriez cette oeuvre grâce à la réduction publiée par les Editions Symétrie. Ces éditions collaborent avec le Palazzetto Bru Zane, Centre de musique romantique française. Comme son nom l'indique, ce centre a "pour mission de faire connaître au plus grand nombre un héritage artistique passionnant : le patrimoine musical français de la veille de la Révolution au lendemain de la Première Guerre mondiale (environ 1780-1920). Ce projet s’appuie sur plusieurs actions complémentaires menées à l’échelle internationale : recherche, édition, formation et production de concerts".

Plusieurs partitions nouvellement acquises vous permettront d'apprécier leur travail.

Disponibilité (Symétrie)

Muriel